Saint Pierre & Miquelon
10/08/2009
Par Timothy Mirthil
SOCIAL. Vent de révolte à Saint-Pierre et Miquelon
Elus locaux, pêcheurs et habitants de l’archipel saint-pierrais ont manifesté à plusieurs reprises la semaine dernière.
Manifestation à Miquelon, jeudi 6 août © RFO
L’absence de desserte maritime, la détresse des pêcheurs et le silence de Paris placent le territoire sous tension.
Les Saint-Pierrais et Miquelonnais sont colères. La semaine dernière, ils ont manifesté leur inquiétude dans les rues de l’archipel, brulant des palettes et tenant meeting en présence des élus locaux, des syndicalistes et des travailleurs.
Premier point de discorde, la nouvelle délégation de service publique pour la desserte maritime civile et en fret. Le contrat de projet entre l’Etat et la TSI présenté mardi 4 août lors de la commission consultative des services publics locaux ne fait guère l’unanimité et les élus ont émis un avis défavorable. Du coup, il n’y aura pas de desserte maritime lors des prochains jours.
« On n’a pas de grille tarifée, on ne sait pas ce qu’il va se passer. Miquelon a été complètement oubliée ; Terre Neuve aussi. Si ça règle problème de l’Etat, ça ne règle pas celui de l’archipel », explique Patrick Lebailly, premier adjoint au maire de Saint-Pierre.
Monique Walsh, présidente de la Chambre d’agriculture, de commerce, d’industrie, des métiers et de l’artisanat (Cacima ) précise par ailleurs : « Nous avions demandé à ce que le transport soit moins cher au départ pour les déchets. Le volet social n’a pas été pris en compte non plus ».
Ce volet social concerne une dizaine de salariés de feu Alliance SA, la société de transport maritime de fret, qui se retrouve au chômage et demande la création de la société de salariés si nécessaire.
« Niveau syndical, nous avons une pétition avec 910 signatures ; et nous avons tous les élus. Il serait grand temps que l’Etat prenne en compte ces facteurs sociaux », martèle Philippe Guillaume, secrétaire général UI CFDT – SPM.
Yannick Cambray, conseiller territorial de l’opposition "Cap sur l’avenir", stigmatise l’absence de réponse de Paris : « On a méprisé le travail fait par les élus depuis dix mois. On arrive à un point négatif. J’espère que la population prendra la mesure de cette catastrophe pour l’archipel et le pouvoir d’achat ».
Les pêcheurs acculés
Motif de la discorde : les prix du poisson proposés par les responsables de l’usine de transformation de poisson, SPM Seafood. S’ils entraient en vigueur, ils incluraient un manque à gagner estimé par les pêcheurs entre 30 et 40% par rapport à l’an dernier.
Gilles Poirier, porte-parole des pêcheurs qui bloquait le port mardi 21 juillet, évoquait un « ras le bol total ». « Depuis trois semaines on demande les prix. La moitié de la saison de la morue sera passée. Et on aura rien fait pendant tout ce temps », s’indigne t-il avant d’en appeler à l’Etat. « Nous avons besoin d’être aidés. Notre métier est en difficulté. J’espère qu’à partir d’aujourd’hui les personnes concernées le comprendront enfin ».
Françoise Letournel, vice-présidente du Conseil territorial expliquait aussi ce même jour : « La collectivité aide à hauteur d’environ 500 000 euros les artisans pêcheurs chaque année. La collectivité ne refuse pas d’aider, mais la première des démarches passe par des négociations avec l’entreprise. Nous avons eu des contacts cet après midi avec SPM Seafood, et nous avons bon espoir qu’ils puissent trouver un dénouement heureux et rapide au conflit qui oppose aujourd’hui les marins à la société ».
Des bateaux de pêche à quai à Saint Pierre et Miquelon © AFP
Miquelon isolé
Jeudi, une grande partie des Miquelonnais se sont rassemblées en fin de semaine dernière déplorant qu’il n’existe plus de bateau, ni de fret, rejoignant Saint-Pierre depuis la fin du mois de juin.
Les habitants de Miquelon se sentent abandonnés par la France. « L’apport de l’Etat dans le projet de chalutier de Miquelon de 650 000 euros n’a pas été versé. Le préfet ne communique pas et ne le souhaite pas. », constate avec amertume Joseph Poirier, employé de la société Exploitation des coquilles (EDC).
Hasard du calendrier, la manifestation s’est déroulée devant des syndicalistes de Guyane et de Guadeloupe en visite dans l’archipel. Jocelaine Louassasa-Chipotel, membre de la Confédération générale du travail de Guadeloupe (CGTG) a ainsi expliqué. « En tant que militante qui s’est battue avec le LKP, je salue cette belle action et cette résistance qui nous donne des forces ».
L’archipel serait donc au bord de l’implosion sociale. Le chômage endémique et l’absence de réponses efficaces de Paris ne contribuent pas à apaiser la colère des habitants de ce petit territoire de l’Atlantique nord dont l’économie est laminée par la concurrence du géant canadien.
« Miquelon est une cocotte minute depuis un certain temps. Tout le monde en a marre. On est oublié dans la desserte, sur la pêche ; les promesses faites ne tiennent pas », déplore Veronique Emery, porte parole du Collectif pour la survie de Miquelon-Langlade
Les élus locaux, malgré leur connaissance des dossiers, ne semblent pas en mesure d’enrayer ce qu’ils jugent comme un abandon. « J’ai pris contact avec des élus de Saint-Pierre et le ministère de l’Intérieur. Et je les verrai accompagné par certains habitants pour évoquer toutes les difficultés que l’archipel rencontre. », tente de rassurer Denis Detcheverry, sénateur de l’archipel.
Cette semaine les mobilisations ne devraient pas reprendre mais la colère semble s’être installée chez ces habitants qui se sentent régulièrement laissés pour compte. « L’Etat se désengage de plus en plus. Il faut savoir si l’Etat veut garder Saint-Pierre et Miquelon ou pas ! », assène un résidant de Miquelon en colère.
